Nous pouvons entendre les volontés d’Holcim de faire de l’économie circulaire et du béton « vert », nous n’oublions pas cependant qu’il s’agit avant tout de l’entreprise qui est au top 3 des entreprises engrangeant les plus grands bénéfices en Suisse, du plus grand pollueur de Suisse, et d’une entreprise qui s’est fait attaquer par de nombreuses ONG pour des problèmes humanitaires, dont des financements de Daech ou plus récemment par des pêcheurs et pêcheuses d’Indonésie. Bref, une entreprise néolibérale qui met clairement le profit au-dessus du reste (on n’engrange pas des milliards sans cette base de politique d’entreprise).
Que penser donc du fait que cette entreprise refuse l’initiative et propose de soutenir le contre-projet?
Holcim se targue d’avoir prévu d’investir 50 millions jusqu’en 2030 pour diminuer son empreinte carbone.
Cela fait en moyenne 10 millions par an pour une entreprise qui fait 3.06 milliards de bénéfice par an (chiffre 2023), c’est 0.3 % de leur bénéfice investi dans l’écologie. Leur chiffre d’affaires était de 27 milliards en 2023, on tombe donc à 0.03 %. Ou comme si une personne qui gagnait le salaire médian suisse (72’000 CHF par an) mettait 26 CHF par an pour s’acheter une bonne conscience. Pour le plus gros pollueur du canton, c’est un peu léger.
De la même manière, si Holcim se targue de baisser ses émissions de 25 %, alors qu’il est le plus gros pollueur du canton avec 10 % d’émission, ça veut dire qu’il reste 7.5 % d’émission du canton.
C’est toujours trop!
La production du béton est-elle le seul problème?
Si Holcim arrive en effet à assainir la production du béton, il n’en demeure pas moins que le béton armé est l’un des matériaux de construction les moins pérennes, qui nécessite un entretien récurrent. Donc même si le coût écologique du béton baisse, il gardera un coût, et le besoin d’y recourir perdurera. C’est-à-dire que tant que l’on continue à construire en béton, nous aurons besoin de plus de béton pour entretenir le béton qui se détériore avec le temps (en témoigne la récurrence des travaux sur les autoroutes).
C’est une spirale descendante. Qui ne sera brisée que quand nous aurons collectivement décidé de choisir d’autres matériaux plus durables et mis en œuvre les moyens pour assurer leur viabilité.
Avec l’initiative, il n’y aura pas plus d’importation de béton avant 2060
Holcim peut exploiter le site du Mormont jusqu’en 2060 selon ses propres dires.
Les permis actuels d’exploiter courent jusqu’en 2036.
Cela laisse minimum 10 ans pour chercher des alternatives pendant que le Mormont continue à se faire défigurer, et cela, même si l’initiative passe. Il n’y aura donc pas plus de camions d’ici là.
Aujourd’hui, les scientifiques du climat nous annoncent que les températures atteintes en 2025 correspondent à leurs prévisions négatives pour 2050…
Où serons-nous d’ici là?
Holcim existera-t-elle encore?
L’humanité comme nous la connaissons existera-t-elle encore?
Le béton sera-t-il encore d’actualité ou aurons-nous effectué un changement nécessaire?
À la lumière de tout ce qui précède et de ces questions, nous ne comprenons pas le besoin d’Holcim de garder la possibilité de détruire encore plus la colline du Mormont que ce qu’elle va déjà pouvoir continuer à détruire d’ici à 2060.
Pourquoi défend-elle donc le contre-projet et la possibilité de garder l’élasticité de détruire plus en cas de besoin après 2060 alors qu’elle ne sait même pas comment elle comblera le trou déjà fait (ce qu’elle avait pourtant promis, et sachant qu’un trou rempli ne ramènera pas les espèces qui auront fui dans l’intervalle, ni les sites archéologiques).
Il s’agit bien de garder une source de profit sous le coude, coûte que coûte, en sachant qu’une loi est plus facile à changer que la constitution.
Nous ne menaçons pas des emplois (ou du moins pas à moyen terme), nous en créons.
Notre initiative ne menace pas l’emploi!
Toute l’industrie du béton est pensée pour avoir le moins de personnel, que ce soit dans la fabrication du béton ou sur les chantiers.
Si l’on développe sérieusement les filières locales de matériaux locaux peu transformés — bois, terre, pierre de taille, brique de terre cuite —, cela amènera la création de nombreux emplois locaux qui seront distribués dans le territoire — et non pas centralisés —, ainsi que du travail plus valorisant, plus valorisé et également plus sain sur les chantiers (moins de contact avec des substances dangereuses).
Cela renforcera le tissu des PME locales. Le Canton de Vaud pourrait même devenir pionnier de la revitalisation d’un savoir-faire mélangeant tradition et innovation.
Point par point les réponses aux arguments d’Holcim
1. Sur l’économie circulaire et le recyclage du béton
Argument de l’article :
La cimenterie pratique déjà l’économie circulaire (200’000 tonnes de déchets valorisés/an, 85 % du béton recyclé en Suisse), donc l’initiative est inutile.
Contre-arguments :
- 85 % du béton recyclé ≠ économie circulaire complète : en réalité, la plus grande partie du béton recyclé sert comme gravier ou remblai, pas pour refaire du ciment neuf, ce qui ne réduit pas significativement l’extraction de calcaire ou les émissions de CO₂ liées à la production.
- Quantité totale en hausse : même si on recycle davantage, la consommation globale de béton augmente, donc les besoins en extraction brute restent importants.
- Effet vitrine : valoriser une partie des déchets ne compense pas l’impact énorme de l’extraction sur la biodiversité du Mormont ni les émissions intrinsèques de la fabrication de clinker (réaction chimique du calcaire).
2. Sur l’obsolescence de l’initiative et la nouvelle loi cantonale
Argument de l’article :
La Loi cantonale sur la protection du patrimoine naturel (LPrPNP) protège déjà le Mormont, donc l’initiative est redondante.
Contre-arguments :
- Loi ≠ protection constitutionnelle : une loi ordinaire est plus facile à modifier ou affaiblir qu’une disposition constitutionnelle issue d’un vote populaire.
- Protection partielle : la LPrPNP n’empêche pas explicitement la poursuite de l’exploitation actuelle, elle encadre seulement certaines pratiques. L’initiative vise à arrêter définitivement l’extraction.
- Reconstitution paysagère ≠ restauration écologique : “remettre en état” ne restitue pas les habitats rares ni la valeur écologique initiale du site.
3. Sur la performance environnementale de la cimenterie
Argument de l’article :
L’usine a réduit ses émissions de 1/3 en 30 ans, investit 50 millions d’ici 2030 et figure parmi les meilleures au monde.
Contre-arguments :
- Réduction relative, impact absolu toujours énorme : le ciment reste l’un des matériaux les plus émetteurs de CO₂ au monde (7-8 % des émissions globales), et Eclépens contribue significativement à l’empreinte carbone cantonale.
- Performances comparées aux pires ≠ durabilité : être “parmi les meilleures” dans une industrie très polluante reste loin des objectifs climatiques.
- Investissements futurs non garantis : ces annonces peuvent être conditionnées par la rentabilité ou les pressions du marché, et ne changent pas l’impact écologique actuel.