Pourquoi sauver le Mormont — Aspects préservation de l’environnement

Le Mormont se trouve à une croisée de chemins, à un point de rupture. Nous avons tous compris que notre société était en train de subir une accélération, un virage dans ses ressources économiques et ses valeurs naturelles et qu’il devenait urgent de prendre des mesures dans tous les domaines pour limiter le changement climatique et maintenir la biodiversité.

Pour ce qui concerne les ressources naturelles, cette urgence demande à effectuer des changements drastiques dans leur mode d’exploitation, pas seulement de lentes améliorations, insuffisantes.

Les solutions sont connues:

  • il faut réduire l’émission de CO2,
  • utiliser plus efficacement les énergies et
  • réduire l’empreinte visuelle de ces activités.

et elles ont été prouvées en Suisse dans l’économie réelle: Pro Natura a obtenu auprès de grands acteurs dans l’extraction de matériaux de construction, pour ne pas nommer la multinationale Colas qui est actionnaire des carrières d’Arvel, que leurs activités ne soient poursuivies qu’en réduisant fortement leur impact visuel, par une ambitieuse mutation.
L’éventrement de la montagne a été stoppé et remplacée par une exploitation souterraine; les cicatrices des carrières sont en train d’être recouvertes par de nouvelles forêts.

Au surplus, le bruit et la poussière sont ainsi réduits et une décarbonatation complète des ressources énergétiques sera réalisée en mettant à profit de nouvelles technologies énergétiques, électro-solaires et avec des moteurs à hydrogène.

Cette amélioration de la durabilité ne fait pas seulement plaisir aux écologistes de Pro Natura ou aide à réduire la fonte des glaciers, elle permettra aussi de garantir le maintien local des emplois au moins jusqu’en 2050 et renforcera le cours boursier de la multinationale propriétaire.

Une mutation comparable est nécessaire au Mormont par un nouveau mode d’exploitation qui stoppe l’éventrement de la montagne, restaure un paysage naturel et qui mette en œuvre des technologies de fabrication de ciment qui réduisent voire suppriment l’émission de CO2, et qui se basent sur de l’énergie renouvelable. Comme à Arvel, les valeurs naturelles de la biodiversité et du paysage ne sont pas remplaçables, la qualité de vie des voisins ne peut pas continuer à se dégrader: un futur vivable pour les emplois et pour la viabilité de la multinationale du ciment passera par les changements drastiques qui sont en cours dans la majorité des industries extractives.

Les lois évoluent en demandant à tous les Suisses de modifier leur empreinte carbone; l’industrie qui dispose de larges ressources doit aussi faire sa part. L’initiative du Mormont ne fait qu’accompagner les évolutions en cours dans la société et vise à catalyser ces changements indispensables pour réduire l’important impact sur le changement climatique que représente le mode actuel de production de ciment. 

La rapide dégradation du climat est, sans doute possible maintenant, après les rapports de la COP26, due majoritairement à des activités industrielles qui génèrent des quantités considérables de CO2. Il est nécessaire que cette pollution soit réduite à bref délai par une combinaison de modification des technologies de fabrication du ciment et par une utilisation plus intensive de produits de remplacement plus durables. 

En plus des avantages planétaires pour le climat d’une telle mutation industrielle, l’initiative du Mormont apportera localement aussi, à la périphérie de la zone d’extraction, la protection des valeurs exceptionnelles de la biodiversité de la flore, de la faune et du paysage du Mormont. Ces valeurs ont été déjà distinguées depuis longtemps dans l’Inventaire Fédéral des Paysages.

La mission de Pro Natura est de renforcer la protection de ces biotopes par des mesures contraignantes dans la législation cantonale, comme elle avait contribué à le réaliser dans l’initiative de protection du Lavaux. Celle-ci n’a pas été suivie des effets catastrophiques annoncés, mais au contraire a permis d’améliorer les conditions-cadre de vie et d’affaires du Lavaux.

De même, l’initiative du Mormont donnera à cette région l’opportunité d’opérer une mutation vers des technologies de fabrication du ciment plus compatibles avec la durabilité, en améliorant en même temps la qualité du cadre de vie de ses habitants et des organismes vivants qui les entourent.

François Sugnaux, Biochimiste, Dr ès Sciences, le 4 janvier 2022

Je passe la parole à Alain Chanson, qui pourra décrire plus en détail les valeurs naturelles qui sont concernées.


Citation:

En plus des avantages planétaires pour le climat qu’une mutation industrielle dans la production du ciment doit entraîner, l’initiative du Mormont apportera localement aussi, à la périphérie de la zone d’extraction, la protection des valeurs exceptionnelles de la biodiversité de la flore, de la faune et du paysage du Mormont. Ces valeurs ont été déjà distinguées depuis longtemps dans l’Inventaire Fédéral des Paysages (IFP).

La mission de Pro Natura est de renforcer la protection de ces biotopes par des mesures contraignantes dans la législation cantonale.


Alain Chanson — Association pour la sauvegarde du Mormont (ASM) — Environ 450 membres

Pourquoi l’ASM soutient l’initiative

L’Association pour la Sauvegarde du Mormont soutient l’initiative car elle répond entièrement à ses buts:

  • Sauvegarder la nature et le paysage du Mormont,
  • Définir et mettre en place les moyens et actions nécessaires à cette sauvegarde,
  • Réunir tous les intéressés et veiller à prendre en compte leurs intérêts respectifs,
  • Soutenir toutes les initiatives poursuivant le même but.

Pourquoi sauver le Mormont — Aspects paysage et nature

La colline du Mormont est exploitée depuis 1953 pour son calcaire. Depuis des décennies les autorités locales, cantonales et fédérales tentent de trouver un équilibre entre le besoin d’approvisionner le pays en ciment et la volonté́ de préserver ce site d’importance paysagère, faunistique, naturelle et historique d’envergure nationale.

Du point de vue géologique, le Mormont est un promontoire calcaire du Jura s’avançant dans le Plateau mollassique. Il est constitué de quatre collines séparées par des cluses et forme avec le vallon du Nozon un système de horst et de graben spectaculaire. C’est un anticlinal évasé ayant résisté aux mouvements du glacier du Rhône au quartenaire, et de nombreuses failles lui ont taillé un relief accidenté. La dissolution du calcaire a transformé son sous-sol en réseau karstique donnant naissance à nombreuses sources, principalement sur sa face sud. Il est à la limite des bassins hydrographiques du Rhône et du Rhin. Au vu de son caractère exceptionnel, il est classé à l’inventaire fédéral des géotopes d’importance nationale.

Du point de vue paysager, en tant qu’avancée du Jura dans le Plateau, le Mormont possède un rôle particulier. Ces quatre collines forment un barrage à la fois au niveau de la répartition des eaux du canton et du trafic routier et ferroviaire. Vu de la plaine de l’Orbe, le Mormont se présente comme une bande uniforme de forêts, alors que depuis le vallon de la Venoge, il présente un paysage plus hétérogène composé d’un plateau agricole bordé de vignes, de forêts, de prairies, de pâturages et de la cimenterie Holcim. Les clairières du Mormont, ainsi que son plateau agricole, offrent de nombreux points de vue à la fois sur le Jura, les Alpes et le Plateau, alors que ses forêts et le canal d’Entreroches offrent au contraire le moyen de s’isoler au creux de la nature La principale atteinte à ce paysage est due à la carrière Holcim qui présente un contraste impressionnant avec les forêts qui l’entourent. Malgré cela, étant particulièrement différent des plaines alentours, le Mormont forme un des repères géographiques importants du canton de Vaud.

Du point de vue des milieux naturels, la végétation du Mormont est composée d’une fine mosaïque de biotopes très diversifiés et souvent de grande valeur. Une diversité influencée par différents facteurs comme les roches-mères et expositions présentes, ainsi que par un climat particulièrement chaud et sec. Constituant un des échantillons les plus riches de la flore du pied du Jura central, cette colline est considérée par les naturalistes comme un haut-lieu de biodiversité au niveau cantonal. En effet, près de la moitié de ses associations végétales font partie des milieux dignes de protection selon l’Ordonnance fédérale sur la protection de la nature et du paysage. C’est d’ailleurs en partie en raison de sa richesse biologique que le Mormont a été classé à l’Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments d’importance nationale en 1998. Plusieurs prairies sèches d’importances nationales sont présentes sur le côté sud du Mormont.

Du point de vue botanique, avec plus de 900 espèces relevées sur le site, le Mormont peut être considèré comme un des hauts lieux botaniques du canton. Sa flore comprend de nombreuses espèces rares au niveau cantonal, voire au niveau de la Suisse, dont un grand nombre d’orchidées (23 espèces).

Du point de vue zoologique, avec plus de 600 espèces animales réparties entre tous les principaux groupes faunistiques, le Mormont constitue un haut lieu de la diversité du canton. Si une grande partie des espèces apprécient le climat chaud et ensoleillé du site, des espèces forestières plus discrètes y sont également présentes. Le flanc nord du Mormont constitue en outre un lieu de passage important pour le gibier. Parmi les habitants emblématiques du Mormont, on peut citer le chamois, le chat sauvage, la vipère aspic, la coronelle lisse, le milan royal et le pic mar.

En conclusion, c’est vraiment le dernier moment pour protéger ce qui reste du Mormont contre toute nouvelle demande d’exploitation de calcaire. Nous allons lutter pour empêcher qu’un seul mètre carré supplémentaire de cette colline sacrée et meurtrie ne soit englouti à l’avenir dans les fours du cimentier Holcim.

Alain Chanson, biologiste, Dr ès Sciences, le 29 décembre 2021

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